Résistance aux antimicrobiens : une réalité à affronter de toute urgence ! Perspectives régionales

6 août 2026
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OMS / Enric Catala Contreras
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La résistance aux antimicrobiens (RAM) constitue l’une des principales menaces pour la santé publique à l’échelle mondiale, puisqu’elle est chaque année à l’origine de près de 5 millions de décès dans le monde.

L’avancée d’infections résistantes met la médecine moderne en difficulté et compromet des interventions vitales telles que les greffes d’organes, les traitements contre le cancer, la chirurgie et les soins intensifs.

Dans la Région européenne de l’OMS, les infections résistantes aux antimicrobiens sont directement responsables de 133 000 décès chaque année et jouent un rôle indirect dans 541 000 décès, ce qui représente un fardeau considérable pour les individus, les sociétés et les systèmes de santé.

Selon les estimations, la RAM coûterait chaque année quelque 11,7 milliards d’euros à l’Union européenne et à l’Espace économique européen, en raison de l’augmentation des dépenses de santé et des pertes de productivité de la main-d’œuvre.

Sans une action concertée, la progression de la RAM devrait entraîner 10 millions de décès par an dans le monde d’ici 2050. 

 

OMS
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Victoria Panzari, patiente (République de Moldova)

Vivre dans sa propre chair les conséquences potentiellement mortelles de la RAM

J’ai été admise à l’hôpital, où l’on m’a diagnostiqué une forme grave de pancréatite et prescrit un traitement antibiotique. 

Mais le traitement n’a pas fonctionné et mon état s’est aggravé. 

J’ai été maintenue dans un coma artificiel pendant 2 mois et au cours de cette période, j’ai subi 10 interventions chirurgicales. Mes chances de survie étaient minces.

Heureusement, à l’issue de plusieurs analyses menées par le laboratoire de l’Agence nationale de santé publique, l’antibiotique auquel le micro-organisme était sensible a pu être identifié, et un traitement ciblé, plus efficace, a été entamé. 

Ma santé s’est peu à peu améliorée. 

Ce deuxième traitement m’a sauvé la vie, mais la lutte contre la RAM relève de la responsabilité de chacun. Un élément essentiel de cette démarche consiste à préserver les agents antimicrobiens pour les utiliser correctement.

 

OMS / Olafur Gudlaugsson
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Olafur Gudlaugsson, médecin (Islande)

Alléger le fardeau de la RAM pour les hôpitaux et la société

Dans notre hôpital, nous avons constaté une augmentation des infections causées par des micro-organismes résistants aux antibiotiques, qu’il s’agisse d’infections sanguines et de pneumonies potentiellement mortelles ou d’infections plus courantes. 

Récemment, nous avons accueilli une dame d’environ 70 ans qui a dû être hospitalisée à plusieurs reprises en raison d’infections urinaires récurrentes causées par des bactéries résistantes à la plupart des antibiotiques. Au lieu d’être soignée chez elle avec des antibiotiques par voie orale, elle a dû recevoir des antibiotiques par voie intraveineuse dans notre hôpital pendant 5 jours chaque fois qu’elle était hospitalisée. 

Les hospitalisations répétées constituent un lourd fardeau pour les patients et représentent un coût très élevé pour les hôpitaux et la société.

Nous devons limiter la propagation des micro-organismes résistants aux antibiotiques afin de préserver l’efficacité de ces derniers.

Sinon, il y aura de plus en plus de patients hospitalisés pour des infections bénignes, ou pour lesquels aucun antibiotique ne sera efficace.

 

Dafna Hen
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L’équipe des infirmiers de l’Institut national pour la résistance aux antibiotiques et la lutte anti-infectieuse, ministère de la Santé (Israël)

Travailler ensemble pour prévenir et maîtriser les épidémies liées à la RAM dans les établissements de santé

En tant que personnel infirmier, nous jouons un rôle essentiel dans la coordination des efforts nationaux visant à prévenir les maladies infectieuses et à lutter contre la RAM dans les structures de santé. 

Nos responsabilités englobent l’élaboration et la diffusion de recommandations fondées sur des données probantes pour la prévention et la maîtrise des infections, la surveillance des infections, la mise en œuvre de mesures de lutte anti-infectieuse, l’organisation d’actions de sensibilisation et de formation, ainsi que la gestion d’épidémies. 

Grâce à notre travail, nous contribuons à améliorer les résultats thérapeutiques des patients, à préserver l’efficacité des antibiotiques et à protéger la santé publique à l’échelle nationale.

 

OMS / Sadyk Abylkasymov
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Muratbek Mhuhambetov, chirurgien (Kirghizistan)

Réduire le risque d’infections postopératoires et de RAM

Au fil des ans, j’ai constaté des problèmes liés à l’utilisation inappropriée des antibiotiques et une courbe ascendante de la RAM, ce qui m’inquiète beaucoup en tant que chirurgien. 

Face à cette situation, je plaide en faveur d’un recours prudent à l’antibioprophylaxie chirurgicale (administration d’antimicrobiens avant une intervention chirurgicale afin de prévenir les infections) et j’ai milité pour la mise en œuvre de recommandations actualisées dans les établissements hospitaliers afin de contribuer à réduire le risque d’infections postopératoires. 

Ces recommandations essentielles nécessitent une actualisation et un suivi réguliers, car les profils de résistance des infections de plaies évoluent au fil du temps.

Je plaide également avec force en faveur de la mise en place de mesures adéquates de prévention et de lutte contre les infections, dans lesquelles nous avons tous un rôle à jouer.  

 

OMS / Ella Gabuelyan
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Margarita Melikyan, pharmacienne (Arménie)

Sensibiliser et informer sur l’utilisation raisonnable des antibiotiques

Chaque jour, je m’efforce de promouvoir l’utilisation rationnelle des antimicrobiens, en expliquant aux patients les conséquences négatives que peut entraîner une mauvaise utilisation des antibiotiques, notamment en cas d’automédication. 

Je collabore également avec des médecins afin d’optimiser la prescription d’antibiotiques. 

Grâce à des actions de sensibilisation et d’éducation, les professionnels de santé, y compris les pharmaciens comme moi, peuvent contribuer à empêcher que la résistance continue à évoluer et à gagner du terrain.  

 

Claire Reading
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Claire Reading, sage-femme et conseillère en santé sexuelle et reproductive, Médecins Sans Frontières (Belgique)

Protéger la santé maternelle grâce à une utilisation correcte et appropriée des antibiotiques

La hausse des taux mondiaux d’infections sexuellement transmissibles (IST) constitue une urgence de santé publique majeure.

Je me souviens avoir vu des nouveau-nés, venus au monde à domicile, sans accès à une pommade ophtalmique antibiotique destinée à prévenir la transmission de la gonorrhée de la mère à l’enfant. Si elles ne sont pas traitées, ces infections peuvent entraîner la cécité.

Le fait de ne pas traiter efficacement les IST ou les infections de l’appareil reproducteur avec les antimicrobiens appropriés peut non seulement entraîner une infertilité précoce ou l’incapacité à mener une grossesse à terme, mais aussi conduire à la mortalité maternelle. 

Les sages-femmes ont un rôle important à jouer dans la sensibilisation des femmes aux IST et aux moyens de prévenir ces infections. Par la sensibilisation à ce problème, nous pouvons contribuer à ce que les antibiotiques soient réservés à un usage adéquat lorsque cela est nécessaire.  

 

Eimear Brannigan
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Eimear Brannigan, médecin et responsable de la prévention et du contrôle des infections (Irlande)

S’appuyer sur l’expérience acquise sur le terrain pour élaborer une stratégie nationale de lutte contre la RAM

Ayant œuvré pour maîtriser des flambées épidémiques en milieu hospitalier et pour soigner des patients affectés, j’ai constaté que la gestion et la prise en charge adéquate de patients souffrant d’infections résistantes aux antibiotiques posaient des difficultés toujours plus importantes.

J’accompagne les hôpitaux dans l’élaboration de recommandations cliniques pour la prise en charge des septicémies, notamment en matière d’administration précoce d’antibiotiques dans les cas d’infections graves, et je collabore avec mes collègues de l’ensemble de notre système de santé afin de comprendre l’épidémiologie des infections résistantes. 

Je peux mettre cette expérience acquise sur le terrain au service du programme national irlandais, à l’heure où nous nous efforçons d’améliorer la gestion des antimicrobiens et de limiter le nombre des infections contractées dans le cadre de soins de santé.

 

Stine Mikkelsen
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Stine Mikkelsen, agricultrice et ancienne infirmière (Danemark)

Limiter l’utilisation des antibiotiques dans la production alimentaire afin de prévenir la RAM

Depuis que nous avons commencé à élever des porcs, en 2015, nous avons toujours respecté la devise suivante : « le moins d’antibiotiques possible, mais autant que nécessaire ». 

Bien sûr, nous soignons toujours les animaux malades et nous ne faisons jamais de compromis en matière de bien-être animal, mais nous mettons tout en œuvre pour limiter le recours aux antibiotiques et privilégier la prévention plutôt que le traitement des maladies. 

Dans le cadre de mon travail d’infirmière, j’avais pu constater à quel point la RAM peut compliquer considérablement le traitement des personnes malades et mettre à rude épreuve notre système hospitalier. 

C’est pourquoi, dans notre exploitation, nous appliquons bon nombre des mêmes procédures pour veiller à la bonne santé de nos animaux : une attention particulière portée à l’hygiène et aux mesures visant à interrompre les chaînes de transmission afin de prévenir les maladies.  

 

Martins Strods
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Silva Gradovska, chercheuse, spécialiste de la RAM, Institut de la sécurité alimentaire, de la santé animale et de l’environnement (BIOR) (Lettonie)

Surveiller les eaux usées en tant que système d’alerte précoce concernant la propagation des micro-organismes résistants aux antimicrobiens

Nous prélevons et analysons des échantillons d’eaux usées afin de détecter la présence de bactéries résistantes et de gènes de RAM, fournissant ainsi des données essentielles à la veille de santé publique. 

Nos recherches ont permis de déceler des bactéries résistantes dans les eaux usées des hôpitaux, ce qui souligne la nécessité urgente de mettre en place des mesures rigoureuses de prévention et de lutte contre les infections.

En repérant rapidement ces menaces, nous pouvons mettre en œuvre des mesures ciblées pour prévenir les épidémies, protégeant ainsi les patients et l’ensemble de la population.

Je pense que, pour s’attaquer efficacement à ce problème, il est essentiel d’adopter une démarche « Une seule santé », qui favorise la collaboration intersectorielle. 

En travaillant ensemble, nous pouvons changer les choses.  

 

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